Mouvements de contestation dans les Universités : mon intervention auprès de V. Pécresse
Madame la Ministre,
Comme vous le savez, les décrets d’application de la loi sur les libertés et les responsabilités des universités (LRU) ainsi que les récentes réformes proposées par le gouvernement suscitent d’importants mouvements de contestation depuis plusieurs semaines au sein des universités.
Les revendications exprimées par de nombreux enseignants, chercheurs, étudiants et personnels administratifs et techniques témoignent de leurs craintes quant au devenir du système universitaire français et de l’évolution de leurs conditions de travail.
Une délégation des personnels enseignants et IATOS et des étudiants de l’Université du Littoral Côte d’Opale (ULCO) de Boulogne-sur-Mer a récemment tenu à me faire part de ces inquiétudes légitimes quant à la masterisation des concours d’enseignement pour les professeurs du 1er et 2nd degré, la réduction des moyens alloués aux universités sans tenir compte des nouvelles missions qui leur incombent, les suppressions de postes, la modification du statut des enseignants-chercheurs…
Aussi, je ne peux aujourd’hui que partager leurs craintes. Les réformes entreprises depuis 2007 créent en effet les conditions d’une vaste transformation du système universitaire français et surtout un risque de privatisation et de mise en concurrence entre les établissements. Les universités ne marcheront pas à la même vitesse et les universités plus jeunes et pluridisciplinaires telles que l’ULCO risquent d’en faire les frais.
Créée en 1990, l’Université du Littoral Côte d’Opale a pourtant constitué un formidable facteur de démocratisation de l’enseignement supérieur pour des milliers de jeunes grâce au soutien des collectivités territoriales. Aussi, les mesures envisagées par le gouvernement provoqueraient un retour en arrière de tout ce chemin parcouru et une remise en cause de l’égalité des chances des jeunes face à la réussite dans les études supérieures.
Cette inquiétude est également renforcée par la mise en place du plan Campus, lequel est réservé à quelques universités métropolitaines tandis que de nombreuses universités de villes moyennes peinent à bénéficier d’une aide de l’Etat.
C’est pourquoi, Madame la Ministre, je soutiens aujourd’hui largement le mouvement qui s’exprime ici à Boulogne-sur-Mer et plus généralement dans les universités françaises. Avec l’ensemble des enseignants, chercheurs, étudiants et personnel administratif et technique, je m’oppose à cette vision libérale de l’enseignement supérieur fondé sur l’excellence et la compétition qui porte atteinte au fonctionnement de notre service public d’éducation. Un retrait des réformes annoncées et la mise en place d’une véritable réflexion globale en concertation avec l’ensemble des acteurs concernés réclamée par ces derniers me semblent absolument nécessaires.
Comptant sur une attention bienveillante de votre part, je vous prie de croire, Madame la Ministre, à l’assurance de ma considération distinguée.
Frédéric CUVILLIER